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Les Nalous et les Bagas peuplèrent la région dès le VIIIe siècle, et furent rejoints au XIe siècle par les Jalonkés d'origine mandée. Ils furent suivis par les Peuls et les Mandingues, qui arrivèrent entre le XVIe et le XVIIIe siècle, en apportant l'islam. Au XIIe siècle, la région fit partie de l’empire du Ghana et de celui du Mali. Ce dernier connut son apogée au XIVe siècle; il s'étendit du nord et de l'est de la Guinée à Tombouctou (Mali), avant de péricliter au siècle suivant.

L’arrivée des Européens

En vertu du traité de Tordesillas (1494) qui traçait les limites territoriales entre l'Espagne et le Portugal, le page Alexandre VI Borgia (1431-1503) avait contraint les Espagnols et les Portugais à s'entendre sur le partage du monde: tout ce qui serait découvert à l'ouest du méridien appartiendrait à l’Espagne et à l'est (Brésil et Afrique), au Portugal (voir la carte du traité). En réalité, l’Église catholique avait attribué aux deux puissances péninsulaires, non pas des zones de colonisation, mais des zones d'évangélisation, mais cette distinction ne résista pas longtemps aux appétits impérialistes. En vertu du traité de Tordesillas, l'Afrique devait appartenir aux seuls Portugais, puisque les Espagnols y étaient écartés. Les autres pays de l'Europe, comme la France, la Grande-Bretagne et la Hollande, furent incapables de s'opposer au traité de Tordesillas jusqu'à la fin du XVIe siècle. 

Les Portugais furent les premiers Européens, au XVe siècle, à longer les côtes de la Guinée et à entrer en contact avec les populations qui s'y trouvaient. Ils installèrent des comptoirs et pratiquèrent le commerce des épices, de l’huile de palme, l'or, de l'ivoire et... la traite des esclaves. La toponymie conserve encore leur marque (Rio Nuñez, Rio Pongo, Cap Verga, etc.) et plusieurs familles ont hérité de leurs noms (Fernandez, Gomez, etc.). Mais les Portugais entrèrent très tôt en compétition avec les Britanniques et les Français. Ils se trouvèrent rapidement circonscrits dans ce qui est devenu aujourd’hui la Guinée-Bissau. Les Britanniques finirent par se contenter sans trop de difficultés de la Sierra Leone. Puis, en une quarantaine d’années, l’impérialisme français supplanta ses rivaux dans la région en étendant sa zone à partir de la côte maritime en direction du Fouta-Djallon et de la Haute-Guinée. Les autochtones ne connurent d’abord l’écriture que par l'alphabet arabe: une transcription de la langue peule en caractères arabes apparut d'ailleurs au cours du XVIIIe siècle, mais cette arrivée dans le monde de l'écriture fut ralentie sérieusement par l'invasion des forces coloniales.

Le Français Gaspard-Théodore Mollien découvrit la Moyenne-Guinée (Fouta-Djalon) et la ville de Timbo en 1818; pour leur part, l'Anglais Gordon Laing (1826) et le Français René Caillié (1828) atteignirent Tombouctou au Mali. En 1840, l'amiral français Bouet-Willaumez (1808-1871), futur gouverneur du Sénégal, signa les premiers traités avec des chefs locaux de la Guinée. En 1880, le Français Olivier de Sanderval jeta les bases de la colonisation européenne dans la région. Dans les années 1880, l'almamy (souverain) d’origine malinkée, Samory Touré, équipé d'armes modernes, prit le contrôle de l'intérieur du pays. En 1884-1885, suite à un accord entre les puissances coloniales de l’époque (France, Grande-Bretagne, Allemagne et Portugal), la conférence de Berlin reconnut les «droits» de la France sur la région.

La colonisation française

Le territoire de la Guinée devint une colonie française en 1893 et fut intégré à l'Afrique occidentale française (AOF) en 1893. Mais l'almamy Samory Touré mena une guerre organisée contre l'occupation française sur la côte et dans les massifs montagneux du Sud-Est, jusqu'à ce qu'il fut vaincu en 1898. Fait prisonnier en 1898, il fut déporté au Gabon où il mourut en 1900. Il fut l'un des derniers héros de l'histoire précoloniale du pays. Les résistances à l’occupation française continuèrent et ne cessèrent qu’en 1912, lors de la «pacification» de cette zone érigée en région militaire depuis 1899. Finalement, l'émiettement en multiples chefferies rivales facilita l'emprise française sur le pays. Mais les excès militaires français provoquèrent en 1911 une révolte des Guerzé et des Manons, qui fut réprimée avec une très grande brutalité.

La France imposa un système d'administration coloniale identique à celui appliqué dans les autres territoires africains de son empire colonial. Le français devint la langue de l’Administration. La plupart des documents officiels ne furent pratiquement jamais connus de la part des intéressés, sauf lorsqu’ils furent occasionnellement traduits dans un «dialecte local». Près de 95 % des Guinées ne fréquentaient pas l’école et ignoraient par conséquent le français. Cependant, le français était très répandu auprès de l’élite guinéenne qui n’hésitait pas au besoin à écourter les études coraniques de leurs enfants pour leur faire suivre leurs cours à l’école française.

La mise en valeur du pays demeura le fait des Français, car les autochtones ne fournirent que la main-d’oeuve à bon marché, notamment dans l’exploitation de la bauxite. Les sociétés françaises monopolisèrent les cultures d'exportation et les multiplièrent. Évidemment, l'exploitation des ressources naturelles s'orienta vers les besoins de la Métropole, ce qui suscita très tôt un syndicalisme très politisé, surtout dans les centres industriels et portuaires, qui se transforma en mouvements contestataires. Pendant les deux guerres mondiales, la Métropole fit largement appel aux soldats guinéens: 36 000 furent mobilisés en 1914-1918 et près de 18 000 en 1939-1945.

La Guinée française devint par la Constitution française du 7 octobre 1946 un «territoire d'outre-mer». À la fin de l’empire colonial français, le taux de scolarisation des «indigènes» restait inférieur à 12 %. Cette situation cachait aussi d'importantes disparités entre les sexes (par exemple, moins de 10 000 filles sur 45 000 enfants scolarisés), les milieux urbains et ruraux (dits «de brousse»), les différents groupes sociaux (fonctionnaires, artisans, ouvriers et manoeuvres, paysans) et religieux (par exemple, écoles coraniques et les écoles privées catholiques), sans parler des régions géographiques. L'enseignement supérieur demeurait inexistant. Puis, inévitablement, une conscience politique anticoloniale se développa pour s'affirmer avec force après la Seconde Guerre mondiale.

 Vers l’indépendance

En 1952, Ahmed Sékou Touré, arrière-petit-fils de Samory Touré, mena des activités politiques afin d’obtenir davantage de représentants africains dans le gouvernement local. Il fonda le Parti démocratique de Guinée dont il fit une organisation populaire fortement structurée. Lors du référendum du 28 septembre 1958, la Guinée fut le seul pays de toute l'Afrique francophone à rejeter la proposition du général de Gaulle concernant l'intégration des colonies de l'Afrique occidentale française au sein d’une éventuelle Communauté française. Sékou Touré, qui était convaincu que la France ne pourrait durablement ostraciser une Guinée si riche en produits miniers, demandait à sa population de voter NON au projet d'intégration à la Communauté française. Dans son discours au général de Gaulle à Conakry, le 25 août 1958, Sékou Touré, alors vice-président du Conseil de gouvernement, déclara:

Le projet de Constitution ne doit pas s'enfermer dans la logique du régime colonial qui a fait juridiquement de nous des citoyens français, et de nos Territoires, une partie intégrante de la République française Une et Indivisible. Nous sommes africains et nos Territoires ne sauraient être une partie de la France. Nous serons citoyens de nos États africains, membres de la Communauté franco-africaine.

Mécontente de la décision guinéenne après son vote négatif lors du référendum du 28 septembre (1958) sur la Communauté, la France suspendit immédiatement son aide (contrairement à ce que croyait Sékou Touré). En un mois, l'administration guinéenne se vit privée de tous les techniciens et fonctionnaires français, y compris les médecins, les infirmières, les enseignants, les responsables de la sécurité aérienne, etc. Pendant que les présidents Habib Bourguiba de Tunisie, Hamani Diori du Niger et Léopold Sédar Senghor du Sénégal se comptaient parmi les défenseurs les plus acharnés de la Francophonie, Sekou Touré, lui, continuait d’exiger pour son pays l’indépendance immédiate et totale, et proclamait haut et fort que la Francophonie constituait une «nouvelle forme de domination coloniale». Paris tentera d’empêcher l’admission du nouvel État aux Nations unies.

Le régime autoritaire de Sékou Touré

La Guinée accéda à l'indépendance le 2 octobre 1958. Quant à Sékou Touré, il devint un héros en donnant naissance au mythe du «nationaliste intransigeant», tandis que la Guinée devient le symbole de la «dignité africaine retrouvée». Très populaire dans son pays comme dans toute l’Afrique, Sékou Touré devint le premier président de la Guinée, ou plutôt le grand «responsable suprême» du pays. Il mit aussitôt en oeuvre une politique de «panafricanisme» impliquant la «décolonisation intégrale de toutes les structures du pays», afin d’instaurer une «société socialiste».

- La révolution culturelle

Avec Sékou Touré, la Guinée porta dorénavant le nom de République populaire révolutionnaire de Guinée.

Avec la révolution culturelle, les fonctionnaires du gouvernement devaient répondre au téléphone en disant d’abord: «Allô! Prêts pour la révolution!». Au cours de l'année 1960, Sékou Touré ordonna une destruction massive de livres, journaux, documents administratifs, juridiques, archives, etc., dans tous les services publics. Les archives furent pillées et vidées, et tous les autres documents furent brûlés sous le contrôle d'un agent de la sécurité. Par la suite, l'importation de livres et de journaux étrangers fut interdite pour les particuliers. L’une des émissions les plus écoutées à l’époque par les Guinéens, la Revue de presse, fut supprimée pour être remplacée par la Causerie du président où il était le seul à parler. Dans les campagnes, les radios rurales durent adopter une «approche personnelle» en langues nationales pour communiquer avec la population. Comme on pouvait bien s’y attendre, la révolution passait aussi par la langue... et par l’école.

- La réforme scolaire

En 1958 déjà, le gouvernement avait pris la décision d'«adapter les structures de l'éducation aux nouvelles réalités nationales» dans le but d'instaurer un «enseignement démocratique et populaire». La réforme ambitionnait de «scolariser tous les enfants du pays à partir de l'année scolaire 1964-1965». Toutefois, c’est à partir de 1968 que Sékou Touré appliqua sa politique linguistique d’africanisation et entreprit de réformer l’éducation dans les écoles primaires.

La Commission nationale d'alphabétisation fut créée. Après avoir codifié le premier alphabet guinéen (sans trop de rigueur scientifique), la commission choisit huit langues nationales (malinké, soussou, peul ou poular, kissi, basari, loma, koniagi et kpelle) sur une vingtaine et élabora des syllabaires dans plusieurs autres langues nationales. Les objectifs portèrent sur deux points importants: la réforme de l’enseignement destiné à assurer les liens entre «l’école», «la vie» et «la production» et à alphabétiser les adultes dans les langues nationales. En tout, il y eut une bonne vingtaine de réformes en éducation. La Direction nationale d'alphabétisation produisit une documentation importante afin de subvenir aux besoins des différentes matières enseignées dans les écoles. Par ailleurs, de nombreuses publications en langues nationales furent rédigées par les enseignants guinéens.

Dans les premières années de la réforme, les apprentissages de base (lecture, écriture, calcul) se faisaient dans l'une des langues nationales au cours de la première année, alors que le français n'était abordé qu'à l'oral. Puis, au cours des trois années primaires suivantes, les élèves passaient progressivement du français comme matière enseignée au français en tant que langue d'enseignement. Les langues nationales suivaient le processus inverse: de langue d'enseignement, elles devenaient des matières d’enseignement. À l’époque, cette réforme scolaire fit passer Sékou Touré pour un précurseur dans toute l’Afrique.

Par la suite, la «révolution culturelle socialiste» modifia la politique adoptée dans les programmes d'enseignement. Le français cessa net d'être la langue d'enseignement au primaire. Dans chaque région, la langue «dominante» dut être enseignée dans les écoles (primaires). Par exemple, les élèves étudièrent en soussou en Guinée maritime, en poular au Fouta-Djalon, en malinké en Haute-Guinée, en kissi, en toma, en guerzé en Guinée forestière, etc. Ainsi, les langues nationales choisies devinrent des langues d'enseignement à la place du français, et ce, de la 1re à la 8e année, ainsi qu’une discipline de la 9e année à l'université. Les mémoires de fin d'études supérieures en langues nationales ou traitant des langues nationales enrichirent la documentation de l'Académie des langues de la Guinée.

Les résultats de cette «révolution culturelle» se révélèrent décevants. D’une part, les langues nationales étaient handicapées du fait qu’elles n’avaient jamais servi dans les communications écrites, notamment dans les sciences et les techniques; il fallait recourir au français. D’autre part, afin de faire face à la scolarisation d'une nombreuse jeunesse, le gouvernement de Sékou Touré imposa «l'enseignement de masse». Or, cet enseignement fut mal reçu par la population. En effet, une classe pouvait comporter jusqu’à 200 élèves ou plus, les «travaux champêtres» et l'idéologie socialiste absorbaient les trois quarts du temps, les élèves étaient notés collectivement (non individuellement), les salles de classe ne disposaient généralement d'aucun équipement, chaque élève devant même apporter son siège. En fait, nombre d'enfants abandonnèrent simplement l'école, car beaucoup de parents, surtout dans les campagnes, préférèrent faire travailler leurs enfants aux champs. La propagande du gouvernement de Sékou Touré annonçait régulièrement un taux officiel de scolarisation de 40 %, alors qu’en réalité il oscillait plutôt autour de 20 %. À la fin du régime, en 1984, le taux de scolarisation restait encore inférieur à 20 %. Soulignons aussi que tous les enfants des élites guinéennes fréquentaient systématiquement l’école privée et apprenaient, eux, le français.

- Un bilan décevant

Le régime autoritaire de Sékou Touré s’était rapidement transformé en dictature et aurait provoqué, au cours des ans, l’exil du quart de la population guinéenne (deux millions de personnes). Ayant acculé son pays à la faillite et, devant le mécontentement grandissant de la population, le dictateur entreprit d’assouplir son régime. Il fit alors de nombreux voyages diplomatiques dans le but d'établir des relations avec d'autres pays et de trouver des investisseurs; il chercha de l'aide auprès du bloc communiste (Europe de l'Est, Union soviétique et Chine) afin d’obtenir le financement que la France lui refusait. Cible de plusieurs tentatives d'assassinat, il accusa régulièrement la France de comploter pour renverser son régime et rompit toute relation avec celle-ci en novembre 1965. Entre 1958 et 1971, neuf des 71 membres du gouvernement furent exécutés, huit moururent en détention, 18 furent condamnés aux travaux forcés à perpétuité, 20 remis en liberté provisoire, cinq réfugiés à l'étranger. Les rapport du «responsable suprême» avec les pays voisins, soit la Côte d’Ivoire, le Niger, le Sénégal et le Burkina Faso, restèrent troubles jusqu’en 1978. 

Curieusement, la Constitution «révolutionnaire» de 1982 (ni celle de 1958) ne contenait aucune disposition d'ordre linguistique. Paradoxalement, les tentatives de Sékou Touré de faire de la Guinée un pays officiellement plurilingue semblent avoir été un énorme échec. Il est probable que ce ne soit pas ce que la population désirait.

Après Sékou Touré

Après la mort de Sékou Touré en 1984, le pays était ruiné, deux millions de Ganéens avaient fui le pays pour rejoindre la Côte d'Ivoire, le Sénégal ou la France, les prisons étaient pleines et quelque 700 000 morts étaient attribués au dictateur.

Un Comité révolutionnaire de redressement national (CRRN) comprenant des militaires porta au pouvoir le colonel Lansana Conté. Puis la Guinée s’engagea dans une série de réformes et, en rupture avec l'ancien régime, elle se rapprocha de la France et de ses voisins. Par la suite, la population guinéenne s'est retrouvée aux prises avec un de ces plans de restructuration dont seuls le Fonds monétaire international et la Banque mondiale ont le secret. La Guinée connut notamment le licenciement d'un bon tiers des fonctionnaires inutiles que comptait le pays, la privatisation des banques et de la centaine de sociétés d'État fantoches, avec en prime l'augmentation fulgurante du prix des denrées de première nécessité. En 1993, le colonel Lansana Conté remporta la première élection présidentielle pluraliste. Les libertés fondamentales furent progressivement restaurées, l'inflation en partie maîtrisée, la vie démocratique revint lentement.

Cependant, la stabilité politique resta précaire, comme l'ont démontré les affrontements entre les Malinkés, les Soussous et les Peuls lors d’une nouvelle tentative de coup d'État militaire, en février 1996. De plus, Amnistie internationale dénonce encore aujourd’hui le régime guinéen, notamment pour ses violations du droit d'expression et du droit d'association, et les tortures en tout genre des personnes incarcérées, souvent sans procès. Selon le Rapport mondial sur le développement humain publié en 1992 par le PNUD (Programme des Nations unies pour le développement), la Guinée était classée au dernier rang des 170 pays du monde, derrière Haïti et la Somalie. Malgré ses richesses naturelles, la Guinée ne parvint pas à faire décoller son économie. Pourtant, selon les Guinéens eux-mêmes, la Guinée-Conakry est un pays «béni d'Allah», on l’a surnommée «le château d'eau de l'Afrique de l'Ouest» et raison de son réseau hydrographique, et ses ressources minières sont énormes: les deux tiers des réserves de bauxite du monde, des métaux rares (cobalt, uranium), de l'or, des diamants, etc.

La politique linguistique

Sous le régime de Sékou Touré, ni la Constitution de 1958 ni celle de 1982 ne contenait de disposition à caractère linguistique. L’ancien régime autoritaire préférait sans doute fonctionner comme bon lui semblait, au gré du vent, sans avoir à se préoccuper des contraintes constitutionnelles. La Constitution du 23 décembre 1990, appelée Loi fondamentale, contient pour sa part des dispositions sur la question linguistique. Il s’agit des alinéas 4 et 5 de l’article 1:

1) La Guinée est une République unitaire, indivisible, laïque, démocratique et sociale.
2) Elle assure l'égalité devant la loi de tous les citoyens sans distinction d'origine, de race, d’ethnie, de sexe, de religion et d'opinion.
3) Elle respecte toutes les croyances.
4) La langue officielle est le français.
5) L'État assure la promotion des cultures et des langues du peuple de Guinée.

Par cette disposition, l’État guinéen se réapproprie officiellement l’usage du français qui n’avait jamais été abandonné sous l’ancien régime. L’État veut également continuer d’assurer la promotion des cultures et des langues du peuple de Guinée.

 La langue de l’État

Toute la politique linguistique écrite de la Guinée tient essentiellement à l'article 1 de la Constitution, qui fait du français la langue officielle et assure aux langues nationales une certaine place. Cette clause constitutionnelle signifie que le français reste la langue de la présidence de la République, de l'Assemblée nationale, de l'Administration publique, des cours de justice, des forces armées et policières, de l'enseignement à tous les niveaux, de l'affichage, des médias, etc. Cependant, des accomodements sont prévues dans les cours de justice, les services publics et les médias. Dans ces domaines, les langues nationales les plus importantes, généralement le peul (ou poular), le malinké (ou maninka) et le soussou — parfois le kissi, le kpelle et le toma —, sont utilisées concurremment avec le français. On peut parler d’un véritable bilinguisme au sein de l’appareil de l’État, du moins pour l’oral. À l’écrit, seul le français conserve ses prérogatives.

L’éducation

Bien que l’enseignement soit gratuit, la scolarisation de la population guinéenne demeure encore faible. En effet, au début des années quatre-vingt-dix, on comptait quelque 76 % d'analphabètes dans le pays. Seulement 30 % des enfants en âge scolaire fréquentaient l’école primaire. Environ 10 % des jeunes pourraient aller à l’école secondaire, contre 2 % dans l’enseignement supérieur. Le gouvernement a entrepris des campagnes de sensibilisation à la radio et à la télévision, mais les résultats sont lents bien qu’encourageants. De façon générale, les filles fréquente beaucoup moins l’école que les garçons.

La Guinée dispose d’un bon réseau d’écoles à tous les niveaux. Les enfants des villes peuvent fréquenter des écoles maternelles, des écoles primaires et secondaires, ainsi que établissements d’enseignement supérieur. Après la régime de Sékou Touré, le français est redevenu la langue d’enseignement à tous les niveaux, les langues nationales ayant par le fait même reculé. Sauf dans les écoles maternelles ou jardins d’enfants (et encore!), le français a repris sa place d’antan. Les langues nationales (peul, malinké, soussou, kissi, kpelle, toma), quand on les enseigne au primaire, sont devenues des matières d’enseignement, non plus des langues d’enseignement. De plus, les écoles coraniques et les établissements franco-arabes continuent d’enseigner l’arabe, surtout dans les matières religieuses, littéraires et sociales. 

Les écoles de la Guinée sont plutôt pauvres et elles manquent cruellement de manuels scolaires. À titre d’exemple, le ratio livre-élèves est en général de dix pour les manuels en sciences, de sept pour les mathématiques et de quatre pour le français. 

Dans les écoles secondaires et les établissements supérieurs (Université de Conakry, Université de Kankan, Institut supérieur de mine et géologie de Boké, Institut supérieur agronomique et vétérinaire de Faranah, Institut supérieur de sciences de l’éducation de Guinée), seul le français sert de langue d’enseignement. Il existe aussi de nombreuses écoles normales destinées à assurer une formation initiale aux enseignants du primaire et du secondaire.

En ce qui concerne les langues étrangères, la Guinée a privilégié deux langues: l’anglais et l’espagnol. La première langue étrangère enseignée est l’anglais. L’élève a, au secondaire, le choix entre l’espagnol et l’allemand; la plupart préfèrent l’espagnol.

Il existe de nombreuses écoles privées en Guinée. Les programmes des établissements privés du primaire et du secondaire sont exactement les mêmes que ceux du public. Les élèves subissent les mêmes examens que ceux du public. Généralement, l’enseignement dispensé dans ces établissements favorisent l’apprentissage et la pratique du français et de l’anglais afin d'amener les élèves à un bilinguisme le plus fonctionnel possible.

L'euphorie étant passée en ce qui a trait aux langues nationales, le gouvernement guinéen garde néanmoins la conviction que celles-ci doivent encore jouer un grand rôle dans la promotion de la culture nationale. On réfléchit présentement aux moyens de redynamiser ces langues. L'Académie des langues est devenue l’Institut de recherche linguistique appliquée. L'Institut pédagogique national est devenu l’Institut national de recherche et d'action pédagogique. Un Centre d'études linguistiques a été mis en place à la Faculté des lettres et sciences humaines de l'Université de Conakry.

Pour terminer, signalons que le système d’éducation de la Guinée est aux prises avec de graves problèmes d’inefficacité. Malgré les sommes énormes (proprotionnellement) consacrées à l’éducation, seulement 38 % des enfants guinéens sont scolarisés et, parmi ces derniers, un tiers au moins ne termine pas le cycle du primaire. On constate aussi d’énormes disparités entre les garçons et les filles, car celles-ci sont scolarisées dans une proportion de 18 %, notamment dans les zones rurales. De façon générale, les cours sont dispensés dans des conditions pédagogiques difficiles. Les classes comptent généralement de 60 à 90 élèves pour un maître qui n’est pas toujours motivé, sans compter que le statut de l’enseignant, avec un salaire peu élevé, est perçu come peu valorisant dans la société guinéenne.

Les médias

Les médias guinéens diffusent en français et dans plusieurs langues nationales. Les langues nationales sont privilégiées dans les stations locales désignées comme des «radios rurales». Dans chacune des quatres régions naturelles (Guinée maritime, Fouta-Djalon, Haute-Guinée et Guinée forestière), il existe une station de radiodiffusion qui a une grille de production et de programmes, autonome et locale. Toutes les langues recensées dans chacune des localités sont présentes à l’antenne de la radio. En Guinée, c’est la seule façon de rejoindre tous les citoyens, quelle que soit leur langue. Dans cette pespective, le français constitue «une langue parmi les autres». Tous les médias électroniques appartiennent à l'État, car il n’existe pas de radio ou de télé privée en Guinée. Mais une loi serait prévue pour autoriser les médias électroniques privés en Guinée. Les radios étrangères sont facilement captées, celles provenant du Liberia et de la Sierre Leone sont en anglais, celles de la Guinée-Bissau sont diffusées en portugais, les autres sont toutes en français.

Dans le domaine de la télévision, l’État ne peut encore couvrir tout le territoire national. La télévision est en Guinée un média beaucoup plus coûteux et donc inaccessible pour la plupart des Guinéens. Seules quelques-unes (peul, malinké, soussou, etc.) sont employées sur une base régulière à la télévision nationale (la RTG).

La plupart des médias écrits n’emploient que le français. Les Guinéens peuvent se procurer des journaux étrangers en anglais, en espagnol et en portugais.

La politique linguistique de la Guinée-Conakry en est une de pragmatisme. Elle réside dans l’unilinguisme français pour l’appareil de l’État, incluant l’école, mais se transforme en un multilinguisme pragmatique — ce qu’on peut appeler un «multilinguisme de stratégie», pour tout ce qui relève des services à la population: administration orale, tribunaux, médias électroniques, etc.

Après avoir été un «précurseur» dans l’utilisation des langues nationales africaines du temps de Sékou Touré, l’État guinéen est revenu à une forme de politique moins dogmatique où l’improvisation idéologique a laissé la place à un certain réalisme. On peut croire que la politique actuelle constitue néanmoins une formule de transition. Il est probable que l’État s’en ira vers une utilisation accrue des langues nationales sans abandonner l’usage officiel du français, l’un des facteurs essentiels du développement économique.